Perspectives du marché
ÉCONOMIE : LE CAPITALISME EST ÉBRANLÉ MAIS TIENT LE COUP
Il est important de se rappeler, au milieu de toutes ces mauvaises nouvelles et de la peur environnante, que les mouvements du balancier peuvent être exagérés des deux côtés. Les marchés libres ont
prouvé à maintes reprises qu’ils étaient incroyablement résilients et efficaces. Ils demeurent le meilleur moyen d’encourager la croissance économique et la productivité. L’incertitude persistera dans
un avenir prévisible, et il est peu probable que la croissance ne redevienne durable avant que la confiance ne soit rétablie, que le marché du logement ne se stabilise, que les circuits de distribution
du crédit ne recommencent à fonctionner plus normalement et que le crédit ne commence à reprendre de la vigueur. Quoi qu’il en soit, nous croyons que les décideurs, travaillant de concert avec le secteur
privé et les investisseurs, finiront par réussir à mettre fin à la glissade.
L'ÉCONOMIE MONDIALE EST EN PROFONDE RÉCESSION
Une contraction coordonnée à l’échelle mondiale, alliée à une très grande aversion pour le risque, suggère que l’ampleur et la durée de cette récession seront bien pires que ce que nous avons connu
depuis des générations. La faiblesse de l’économie est évidente aux États-Unis. La croissance pour le premier trimestre de cette année pourrait être aussi mauvaise, ou pire, que la contraction du PIB
de 6,2 % enregistrée pendant le quatrième trimestre de 2008. L’accumulation involontaire de stocks s’inversera au cours du premier semestre de 2009, alors que les sociétés réduisent leur production pour
ramener les stocks au niveau d’une demande en déclin.
Regardant plus loin que le premier trimestre, le début d’une reprise économique aux États-Unis a de nouveau été repoussé. Les données économiques les plus récentes suggèrent que nous tournions
essentiellement notre attention vers l’année 2010. Il ne faut pas oublier cependant que nous approchons du printemps de 2009 et que les marchés se tournent vers l’avenir. Entre-temps il n’y a pratiquement
pas de bonnes nouvelles pour l’économie nulle part dans le monde. Le début tardif de l’assouplissement des politiques monétaires en Europe, où le système financier est particulièrement vulnérable, et la
combinaison d’une dépendance aux exportations et d’une forte appréciation de la monnaie au Japon devraient vraisemblablement prolonger leur récession. Nous prévoyons une contraction de 2,7 % du PIB américain
pour 2009, et de 2,2 % pour le Canada.
LES INQUIÉTUDES À L'ÉGARD DE L'INFLATION FONT PLACE À DES CRAINTES DE DÉFLATION
L’utilisation de la capacité ayant chuté à l’échelle mondiale, les inquiétudes dans le marché se sont essentiellement transformées en crainte de déflation, ce qui a un effet dissuasif sur la consommation.
Une période de déflation grave pourrait être particulièrement néfaste pour une économie endettée puisqu’elle pourrait accroître le coût du service ou du remboursement de la dette rajusté en fonction de
l’inflation. En termes simples, cela signifie que chaque dollar de dette non remboursée devient un dollar plus élevé. Une période de déflation moyenne est une possibilité réelle, mais ne serait que temporaire.
La Réserve fédérale tente de dissiper cette inquiétude en injectant de l’argent dans le système, mais la vitesse à laquelle l’argent circule a baissé puisque l’argent est surtout amassé par les banques plutôt
que de servir aux fins du crédit. Nous réduisons nos prévisions relatives à l’inflation aux États-Unis de 0,5 % à -1,0 % en raison de la faiblesse de l’économie mondiale, et prévoyons une hausse de 0,75 % pour
l’IPC canadien.
LA RÉSERVE FÉDÉRALE MET DIVERSES MESURES EN PLACE POUR ASSURER LA FIN DE LA CRISE DU CRÉDIT
Les pouvoirs de la Réserve fédérale ne se limitent pas aux taux d’intérêt. Les mesures d’ordre monétaire qui ont été prises dans le but de contrer la crise financière sont innovatrices et audacieuses.
Nous ne serions pas surpris de voir de nouveaux programmes s’ajouter à la liste avant que cette crise ne passe à l’histoire. Comme il y a peu de contraintes concernant la taille que peut prendre le bilan de
la Réserve fédérale, celle-ci crée des liquidités et les utilise pour financer une multitude de nouvelles facilités de crédit dans le but d’aider à réduire la tension sur les marchés du crédit. Dans le cadre
de ces efforts, la Réserve fédérale continue de se diriger vers un nouveau programme visant à acheter des obligations du Trésor américain à long terme. Parmi les autres programmes, on trouve le programme de
600 milliards de dollars visant à acheter les titres de Fannie Mae et de Freddie Mac – les sociétés de financement hypothécaire liées au gouvernement.
FAIBLES TAUX D’INTÉRÊT : PEU DE CHANGEMENT EN VUE
Il est presque certain que les taux d’intérêt à court terme demeureront à des niveaux très bas. Nous prévoyons que le taux des fonds fédéraux devrait se situer à 0,25 % d’ici un an. À Ottawa, la Banque
du Canada conservera le taux des fonds à un jour à 0,50 %.
Les rendements des obligations d’État sont destinés à se négocier dans un état de déséquilibre pendant une période prolongée, compte tenu de l’importante aversion pour le risque qui domine la psychologie
des investisseurs, la prolongation de l’horizon temporel en vue d’une reprise potentielle de l’économie, le faible risque d’une hausse-surprise de l’inflation et les attentes selon lesquelles la Réserve
fédérale achètera des obligations du Trésor à plus long terme. Nous nous attendons à ce que cette situation se maintienne d’elle-même, pour le moment, en dépit des inquiétudes croissantes liées à l’offre.
Les rendements devront rester faibles pour stimuler une reprise. Mais si un soupçon de normalisation se pointe, il faudra être prudent. À mesure que la crise se résorbe d’elle-même, les valorisations
d’obligations d’État seront de plus en plus vulnérables à un retour à la moyenne des primes risque-inflation. Cela pourrait entraîner une forte remontée dans nos fourchettes d’évaluation et une inversion
des rendements vers des évaluations d’équilibre.
LES ACTIONS PLONGENT, ENCORE UNE FOIS
Après une brève reprise dans un contexte de marché baissier depuis la publication du dernier Regard sur les placements mondiaux, les cours des actions ont atteint de nouveaux creux et les actions ont
recommencé à se négocier avec les plus grands escomptes par rapport à la juste valeur en plus d’une génération. Aucun marché n’a été épargné par l’effondrement des évaluations. Nos modèles soutiennent
notre opinion selon laquelle les marchés finiront par choisir les sociétés en fonction de leur capacité à produire des bénéfices tout au long du cycle, et non en fonction de prévision de bénéfices effectuée
au creux d’une profonde récession. À mesure que la crise se résorbera, les cours des actions évolueront et présenteront un potentiel de bénéfices normalisé.
LA RÉPARTITION DE L’ACTIF CONTINUE DE FAVORISER LES ACTIONS
Nous sommes conscients que la nature des événements survenus au cours des 18 derniers mois et les défis auxquels les décideurs et les investisseurs continuent de faire face suggèrent qu’il est logique
d’être sur la défensive à l’égard des marchés boursiers. Quoi qu’il en soit, nous croyons que le système financier finira ultimement par être réparé. Des éléments importants sont déjà en place. En bout
de ligne, les investisseurs finiront par porter leur attention vers les occasions qui se présentent, et non plus vers les craintes et la confusion qui se sont emparées des marchés. Les cours des actions
finiront par récupérer et les rendements se trouveront au-dessus de la moyenne pendant une longue période, à mesure que les valorisations normales sont rétablies. L’envergure du déclin dans les marchés
boursiers depuis l’été dernier, l’importante baisse des valorisations qui en a résulté et notre perception que les initiatives conçues pour redresser le système financier et alimenter la croissance
fonctionneront nous incitent à maintenir notre surpondération dans les marchés boursiers.